Gérard Dervaux; La pêche à... 89 ans!

Entretien

Le Frère Gérard Dervaux l’avait promis à Claudie Jadot il y a deux ans. “ Si Dieu me prête vie, je viendrai exposer dans ma quatre-vingt-dixième année. ” C’est donc chose faite et son exposition durera jusqu’au 28 janvier prochain à la Galerie C.

Combien d’expositions déjà chez Claudie Jadot et pourquoi en Belgique, vous qui êtes à la retraite à Villeneuve-d’Ascq?
Il y a eu beaucoup d’expositions ici. Je ne parviens plus à les compter. Jean-Pierre et Claudie sont des amis de longue date. J’ai toujours eu beaucoup de contacts avec la Belgique et surtout la région. Si je suis né à Marcq-en-Barœul, j’ai effectué mon noviciat au Château du Biez à Pecq, qui était notre centre de formation (des Frères des Écoles chrétiennes Saint Jean Baptiste de la Salle) jusqu’à la guerre. Par après, je suis revenu au Collège d’Estaimpuis où j’ai été enseignant. À sa fermeture en 1984, avec le concours de la ville de Mouscron, j’ai pu continuer ma chorale de Petits Chanteurs avec des jeunes de Mouscron et des alentours. J’ai donc gardé ici de nombreux amis.

Quel est le sujet principal de cette exposition-ci?
Il s’agit toujours essentiellement de paysages à l’aquarelle mais la nature est souvent transposée. Étant donné mon âge, mes voyages sont rares. Avant, avec mes Petits Chanteurs, j’ai pu ramener des carnets de croquis de par le monde. Néanmoins de mon petit studio-atelier dans ma maison de retraite, j’ai vue sur un parc boisé qui m’inspire. J’ai aussi quelques portraits, mais j’en fais plus rarement. J’ai également ramené quelques dessins plus anciens au crayon et à l’encre que j’ai retrouvés dans mes cartons.

Vous avez toujours fait de l’aquarelle?
Non, durant 40 ans, j’ai travaillé à l’huile jusqu’à ce que Vincent Ysebaert, mon professeur, m’a conseillé l’aquarelle. Un peu à la fois, je m’y suis mis. Depuis bientôt vingt ans, j’ai quitté la toile pour le papier. J’ai une technique personnelle. J’esquisse mon paysage parfois en bleu très léger, parfois à la sanguine qui répartit les surfaces... Le papier étant la lumière de l’aquarelle. C’est le plus long travail. Puis, les idées vous viennent tordues ou pas. Vous n’êtes pas maître de votre imagination. Après, c’est le hasard qui joue avec le jus coloré qui descend sur le papier: tout à coup jaillit un hiver ou un printemps.

Toutes vos œuvres ont des noms poétiques: important aussi la poésie?
J’aime la poésie. Il me faut autant de poésie que de psaumes dans une journée.

Qu’avez-vous préféré dans la vie: être enseignant, peintre, musicien...?
Tout! Les trois sont une unité! La musique et l’enseignement nécessitent de la rigueur. Une base de dessin, avec l’étude des couleurs et des lignes de perspectives, est importante, même si après, on prend de la distance. Pour moi, l’éducation d’un jeune, c’est essentiellement une ouverture au beau, à l’art, développer la fibre sensible.

Quel est le secret de votre longévité?
Il faudrait le demander au Seigneur. Je n’ai jamais fumé. J’ai des grands-parents paternels qui ont vécu au-delà de 90 ans. C’est peut-être inscrit dans mes gênes. Je n’ai jamais fait de sport mais j’ai eu une vie sportive en ce sens que je ne passe pas ma vie dans un fauteuil. Je peins souvent debout. La santé est un privilège. Chaque soir, je demande à Dieu: “ Faites que cela dure! ” Le matin, en me réveillant je dis: “ Alléluia! Je suis vivant. ” Passer une existence avec des jeunes, ça aide à garder la forme. Le seul bémol à la clef dans une longue existence, c’est que les autres doivent vous supporter plus longtemps... Demandez à ceux qui m’entourent!

[SOURCE: Article de Carole Fourmeau pour Sudpresse. 30 Novembre 2010]
[CREDITS PHOTO: Carole Fourmeau pour Sudpresse]