Manuela Pamelin; À La Recherche De L'Enfance Perdue...

Cette habitante de Warcoing n'a pas oublié son Italie

La dernière exposition de Manuela Pamelin-Glorieux à Mouscron datait de 1999. Plus connue pour ses gravures, l'artiste vient exposer chez Claudie et Jean-Pierre Jadot à la Galerie C, jusqu'au 28 mai prochain: elle y a apporté 22 de ses tableaux récents, réalisés au pastel, empreints de sensibilité et de poésie.

C'est une jolie histoire d'amour qui a mené cette italienne originaire d'une famille nombreuse des Dolomites jusqu'à la ferme de Pierre Glorieux à Warcoing. "Je me suis mariée en 1960", confie l'artiste, "seulement un an et demi après avoir connu mon futur mari à la montagne, j'ai quitté mon Italie ensoleillée et cette année-là, il n'a pas arrêté de pleuvoir en Belgique et je ne parlais pas un mot de français..."

Cinquante ans plus tard, force est de constater que l'intégration est parfaitement réussie. Si à l'époque, la jeune femme avait suivi des études artistiques à Trento, sa ville natale, c'est à l'Académie de Tournai, pendant que ses enfants allaient à l'école, qu'elle a poursuivi son cursus et donc suivi des cours de gravure et de fusain avec un professeur qui lui appris à réfléchir et à puiser ses sujets dans son vécu. Exit alors les supports, Manuela Pamelin fait appel exclusivement à son imagination et s'exprime désormais dans son art à l'aide principalement de ses souvenirs familiaux. Sa maman, sa grand-mère, ses enfants, des petits-enfants de sa famille, ses poupées d'enfance... prennent possession de ses tableaux toujours de grand format et en deviennent les personnages récurrents, parfois seulement esquissés, mais toujours placés au sein de bribes de décors typiques des "palazzi" renaissants.

Douceur et naturel

Ces portraits réalisés au pastel donnent une impression de grande douceur grâce aux couleurs choisies: terre de sienne, ocre, brun... L'artiste avoue devoir utiliser un papier très résistant car elle écrase au doigt le pastel. Elle incorpore parfois quelques autres éléments par collage, de la ficelle, des personnages sur papier japonais transparent...
"Au départ, j'effectue de petits croquis au crayon", explique la pastelliste, "je les laisse reposer, puis je les réalise en grand au pastel. Je les place dans un système où j'idéalise le femme, où je transpose mes rêves. Si cela ne me plait pas, je laisse, je reprends, j'efface. Il est très rare que je réalise un tableau d'un seul jet. Souvent, je veux trop raconter, c'est en moi, c'est dans ma nature."

La vocation d'être mère

Les personnages adultes sont exclusivement féminins, d'ailleurs Manuela Pamelin déplore que la société actuelle a raté quelques chose en ne valorisant pas la femme au foyer, celle qui élève ses enfants. "La situation de la femme maintenant est difficile", estime-t-elle, "elle a voulu prendre sa liberté, elle s'est débarrassée d'un tas d'affaires mais, à 40 ans, souvent, elle se rend compte qu'elle a raté une partie de sa vie, l'enfance de ses enfants ou l'absence d'enfant, pour réussir sa vie professionnelle". Cette souffrance de la femme transparait parfois dans son œuvre même si la grande place est laissée à une douceur complicité entre la mère et l'enfant.

[SOURCE: Article de Carole Fourmeau pour Nord Eclair. 25 Mars 2011]
[CREDITS PHOTO: Carole Fourmeau pour Nord Eclair]